Texte à dire : Le pôle dans l'espace


LE PÔLE DANS L'ESPACE

Avant, on avait une Agence pour l'Emploi, on comprenait encore un peu de quoi il retournait.
Maintenant on a un Pôle Emploi et un Espace Insertion.
C'est plus pareil, c'est plus les mêmes sensations, plus les mêmes frissons...
Une agence, ça invite toujours un peu à pousser la porte, en face on trouvait des agents et des agentes, qui nous disaient où placer son argent ou sa motivation, comment trouver son âme sœur ou retrouver la trace de ses aïeux...
On repartait d'une agence avec son urne ou son espoir.
Mais un Pôle Emploi  !
Un pôle, c'est froid et c'est rond, et on tourne dans des Espaces. Dans une agence, on trouvait des bureaux, dans un pôle, on trouve des espaces. On est accompagné dans l'espace, dans notre Espace Insertion. Alors là  !
On commence vraiment à se sentir pas bien. Pas bien inséré.
Et puis, plus inséré, du tout, dans rien.
Alors on commence à sortir lentement de son corps, à sortir par tout ses pores, on se retrouve un peu au-dessus de soi même, à se regarder tourner dans le pôle insertion.
J'ai fini par dire pour preuve de ma bonne volonté  : je suis prêt à m'insérer dans votre espace. J'ai dit  : vous pouvez même me proposer d'autres espaces, j'y vole, j'y tournoie, je m'y glisse, je m'y accroche, je m'y colle, je m'y fond, je m'y incruste, je me laisse ingérer par les sucs gastriques des espaces insertions, de tout les espaces que vous voulez...

des espaces sélections pour séparer son parcours bon teint de sa mauvaise vie,
des espaces sensations pour rester frais et dispos après dix ans de stages placard
des espaces impressions pour faire bonne figure de proue et filer doux par tous les grains
des espaces situations pour garder son bon profil dans la morne norme
confortablement conforme
des espaces mutations pour se laisser accompagner vers son emploi aidé
par toutes les misères mondialisés
des espaces résorptions pour recouvrir d'un air digne ses plaies ses peines et sa fureur
des espaces répressions pour battre soi-même sa coulpe et se laisser frapper de stupeur
des espaces désertions pour laisser se pendre au clou toutes ses chimères
des espaces dissections pour conclure à la mort par balles de nos songes
et l'acclimatation du cauchemar sous tout climat
des espaces résurrections pour tomber de sa tombe de bon matin
et reprendre sa langue de bois pour entretiens d'embûches.

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