samedi 7 septembre 2013

DE LA CANDIDATURE

La procédure semble t-il indépassable pour trouver un emploi, du plus modeste au plus complexe, c'est l'envoi préalable de ces deux documents tristement connus sous le nom de CV et lettre de motivation.
Or ces papiers, rédigés à tour de bras par les postulants, contribuent-ils à résorber le chômage ? Permettent-ils au recruteur, censé les examiner, d'avoir une meilleure compréhension de la situation, des difficultés du demandeur ? Ce regard permet-il de donner, si ce n'est tout de suite un emploi, du moins un éclairage, une orientation nouvelle au postulant ?
Force est de constater que les réponses à ces questions que personne ne pose ainsi, sont négatives. Non, le recruteur ne cherche pas vraiment à comprendre les difficultés des chômeurs, notamment de ceux qui le sont depuis longtemps. Non, le recruteur ne se préoccupe pas des éléments qui peuvent aider le demandeur à revenir vers l'emploi.L 'œil du recruteur - s'il est encore humain – fonctionne à grande vitesse comme une machine à tri sélectif. On dégage vite le ringard, celui sur qui le temps a passé sans que les nouveaux mots-clés, les nouveaux concepts à la mode dans sa profession ne lui soient révélés. Ce que les documents peuvent dire d'autre sur la valeur du candidat, cela ne sera pas lu, pas vu, pas pris en considération. Il s'agit avant tout d'éliminer – le plus souvent sur ces critères pseudo linguistiques et temporels – et non d'examiner.
Partant de là, la paperasse demandée aux candidats n'arrange pas souvent leur affaire. Au contraire, elle l'aggrave. On sait bien qu'à la minute où l'on est inscrit au chômage, le temps est strictement décompté en notre défaveur, peu importe la manière dont on l'emploie. Le temps qui passe sans travail, cela se voit, d'une manière ou d'une autre, dans le CV autant que dans la lettre dite de motivation. Et ce ne sont pas les piètres camouflages humiliants prônés par les officines de recherche d'emploi qui résolvent quelque chose, nous y reviendrons ! Ainsi c'est à une double, triple peine que l'on condamne le chômeur. Celle de s'atteler sans répit à une tâche (les CV et autres lettres) qu'on le soupçonne de mal faire, et dont il sait que de toute façon, le temps condamnera à l'échec.
Le plus étonnant, c'est bien que personne ne trouve à redire à ce mode de recrutement, pain béni de nos accompagnateurs et autres techniciens en recherche d'emploi. Cévé + lettre de motivation, c'est l'évangile. Une exigence paperassière bien dans la continuité des totalitarismes, dont une des tracasseries consistait à demander sans cesse le papier que l'on ne pouvait fournir. Envoyer ainsi une candidature, c'est s'exposer comme jamais à un jugement inique, un fait du prince qu'aucune règle objective ne vient jamais étayer.
Alors que l'on nous rebat les oreilles avec le positif, personne ne semble s'aviser que ce mode de recrutement est pure négativité. On cherche ce qui manque, ce qui manque forcément à la candidature, au besoin on l'invente. Et l'on fabrique ainsi des cohortes de recalés, d'inemployables. On les achemine de plus en plus vite vers leur invisibilité sociale. Personne ne semble croire qu'avec un autre regard sur une candidature, l'on en viendrait justement à voir ce qui est plutôt que ce qui manque, et décider d'un possible travail pour une personne au lieu d'un impossible emploi.
Il n'y a donc pas de bons CV, de bonnes lettres de motivation, pas plus que de mauvais, puisque le recruteur, contraint au tri sélectif, y traque d'emblée l'élément qu'il juge négatif. On cherchera donc en vain ce que l'on a mal dit, mal fait, dans une lettre , un cévé, un entretien. Dans les officines de recherche d'emploi, on vous expliquera ce qu'il aurait fallu dire, écrire, ou faire. La belle affaire! En fin de compte, la seule règle du jeu, c'est de nous faire croire qu'il y en a une. De nous faire croire que quelque chose a été mal dite, mal faite, et que nous devons l'améliorer. De faux espoir en frustrations, il s'agit de maintenir le demandeur dans son rôle de perpétuel demandeur. Ça l'occupe, le maintient dans l'aliénation, comme jadis le travailleur. Cet homme dont personne n'a plus besoin, il ne faut pas qu'il prenne conscience de son aliénation de demandeur d'emploi. Il faut qu'il soit sincèrement convaincu de mieux demander la prochaine fois.


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